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mai 2009
Thématique : Une alimentation équilibrée
FAUT-IL MANGER BIO ? Deuxième partie
Dès que l’on parle de bio, on entend tout et son contraire. D’un côté, les adeptes qui considèrent que c’est la seule façon de ne pas ingurgiter des montagnes de produits chimiques potentiellement toxiques à la longue, tout en préservant l’environnement. De l’autre, ceux qui pensent que rien ne garantit qu’un produit issu de l’agriculture biologique soit réellement indemne de pesticides, ou que, jusqu’à preuve du contraire, manger bio ne sert à rien... Et pour la santé ? Suite et fin de ce tour de la planète « bio ».

puce Manger "bio" est-il meilleur pour la santé ?

Sur le chapitre de l’impact au niveau de la santé, le débat est loin d’être clos car il est difficile de répondre avec précision, même si de nombreux éléments sont positifs. Ainsi, dans une étude toujours d’actualité publiée en 2003, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a montré la supériorité de l’agriculture biologique en ce qui concerne les résidus de pesticides et de nitrates, dont les effets nocifs sur l’homme sont supposés. Cependant, les non partisans « du tout bio » rétorquent que les engrais, pesticides, OGM et autres produits chimiques contenus dans les produits de l’agriculture traditionnelle, du moins aux doses tolérées par la réglementation actuelle, n’ont pas été formellement impliqués dans la survenue de maladie. Les scientifiques se scindent donc entre ceux qui veulent obtenir des preuves concrètes, et ceux qui, par principe de précaution, anticipent un effet « dose cumul » de ces toxiques (on sait que ces résidus s’accumulent dans l’organisme et il est donc aujourd’hui impossible d’en connaître les effets à long terme) qui sont susceptibles d’induire des cancers. Ce qui est sûr en tout cas, c’est que le rapport de l’Afssa poursuit en déclarant que le recours aux antibiotiques en agriculture biologique uniquement dans le cadre de traitements curatifs peut contribuer à réduire la pression de sélection aux antibiotiques, c’est-à-dire à limiter l’apparition des résistances tant redoutées avec leur emploi abusif dans l’élevage intensif. De même, une étude menée dans le Languedoc Roussillon par le Pr Henri Joyeux, cancérologue au Centre régional de lutte contre le cancer de Montpellier, et en collaboration avec l’Inserm, a montré quelques résultats forts intéressants. Cette étude, nommée Abarac (2000-2003) a comparé qualitativement et nutritionnellement vingt produits issus de différents types d’agricultures de cette région. Elle a mis en évidence le fait que les végétaux issus de l’agriculture biologique ont une teneur plus élevée en matière sèche (et donc moindre en eau), de 23 à 26 %. De ce fait, ils possèdent une plus grande densité nutritionnelle en micronutriments, comme la présence d’une quantité supérieure de polyphénols (+ 30%), comparativement aux produits conventionnels. Ce type de molécule possède des propriétés antioxydantes et permet de lutter, entre autres, contre le vieillissement cellulaire. De même, certains légumes peuvent contenir jusqu’à deux fois plus de fer et 30% de vitamine C supplémentaires, par rapport à ceux issus de l’agriculture conventionnelle. De même, la tomate bio est plus riche en bêta-carotène et en lycopène, deux antioxydants puissants.

Les teneurs en acides gras poly-insaturés des produits animaux estampillés AB seraient aussi plus élevées. Les vaches, agneaux, porcs et volailles bio sont moins gras que les autres, comme le note également l’Afssa. Ayant accès à des pâturages ou des parcours pour se dépenser, ils stockent moins de graisses et d’eau. C’est aussi le résultat de leur mode d’alimentation et de leur croissance plus lente. Les poulets bio, abattus à 91 jours, sont trois fois plus maigres que leurs cousins élevés en batterie, abattus à 42 jours. Autre différence positive, les bovins bio se nourrissent surtout d’herbe. Leur viande et leur lait contiennent jusqu’à 60 % d’oméga 3 supplémentaires, de bons lipides protecteurs du cœur et essentiels à l’organisme. Si le lait bio est plus concentré en antioxydants (vitamine E, bêta-carotène, lutéine et xéaxanthine), c’est moins net pour les œufs, dont la composition en lipides, vitamines et minéraux dépend de l’alimentation des poules : si elles mangent des graines de lin, les œufs seront riches en oméga 3, qu’ils soient bio ou pas.

Sur d’autres points, en revanche, les différences d’impact sanitaire entre produits bio et produits issus de la filière conventionnelle sont plus difficiles à établir. Comme mentionné plus haut, cela peut concerner les métaux lourds, les dioxines ou la pollution environnementale en général. De même, les études manquent pour valider l’hypothèse que les animaux issus d’élevages respectueux du cahier des charges bio sont plus sains, sur les plans microbiologique et parasitaire, que leurs cousins d’élevages non-bio. Quant aux céréales estampillées AB, elles posséderaient moins de protéines que celles produites en agriculture conventionnelle. Enfin, il faut garder en mémoire une étude publiée en avril 1999 dans la revue « 60 millions de consommateurs », qui avait révélé des traces de patuline (une moisissure soupçonnée d’être cancérigène) dans des jus de pomme « AB », de dioxine dans différents laits bio et, enfin, de nitrates dans toutes les salades testées. Certes, ces substances ne figuraient qu’à l’état de traces très inférieures aux seuils admis, mais leur présence prouve que les aliments bio ne sont pas exempts de tout reproche.

On peut donc conclure ce chapitre en constatant que plusieurs études montrent que les produits bio renferment davantage de minéraux, d’antioxydants et de composés protecteurs, et moins de pesticides et de nitrates. Même si on peut penser qu’il existe, aucun travail scientifique n’a cependant établi pour l’instant de lien formel entre produit bio et meilleure santé. Il faut aussi se rappeler que toutes les études qui sont arrivées à la conclusion que « manger 400 à 600 g de végétaux est favorable à la santé » (soit environ 5 fruits et légumes par jour comme le conseille le Programme National Nutrition Santé) ont été établies sur la base d’une consommation de produits issus de l’agriculture conventionnelle.

puce Question biscuits : concept marketing ou santé ?

De même, manger des pizza « bio », des soda « bio » ou encore des biscuits « bio » n’est pas plus sain pour la santé. Le terme « biologique » ne doit pas être confondu avec le terme « diététique ». On peut par exemple trouver dans les rayons deux sortes de biscuits « AB » : ceux réalisés avec des ingrédients issus de l’agriculture bio, mais qui sont complètement raffinés (farine blutée, sucre blanc…) et ceux élaborés avec des farines complètes, édulcorés avec des jus de fruits concentrés et qui prennent en compte, eux, l’équilibre nutritionnel du consommateur. En raison de leur faible index glycémique, ces derniers sont nettement plus intéressants pour la santé que les premiers et rassasient plus longtemps. Résultat : on finit moins vite ce paquet de biscuits que les premiers cités où le sucre tient souvent la première place, suivi par les graisses hydrogénées !.. Attention alors à ce que l’on nous propose et aux prix élevés qui ne sont pas toujours justifiés.